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21-11-2007 at 12:03
Dakar-2008 - Etienne Lavigne: "Le Dakar reste une grande aventure sportive"

PARIS, 20 nov 2007 (AFP) - A la veille de la présentation officielle du
rallye-raid Lisbonne-Dakar (5-20 janvier 2008), Etienne Lavigne, patron de
l'épreuve, répond aux polémiques qu'elle suscite et estime que 30 ans après sa
création elle demeure une "grande aventure des sports mécaniques".

Q: Le Dakar a 30 ans. Il ne part plus depuis Paris et ne traverse plus
l'Algérie ou le Ténéré depuis longtemps. En 2008 il évite le Mali pour des
raisons de sécurité. Est-ce encore une aventure ?
R: "Incontestablement oui. Il demeure une grande aventure des sports
mécaniques avec un succès qui n'a jamais été aussi fort. Il n'a jamais été
aussi 'successful', jamais été aussi médiatisé. Il n'a jamais eu un plateau
aussi dense, jamais eu autant de compétiteurs voulant y venir, jamais
accueilli autant d'étrangers. C'est une épreuve moderne, inscrite dans son
époque, répondant aux contraintes d'environnement et de sécurité
d'aujourd'hui".

Q: N'est-ce pas plutôt une affaire qui marche? A combien s'élève le chiffre
d'affaires? Quels sont les bénéfices?
R: "Amaury Sport Organisation est une entreprise qui n'a pas vocation à
perdre de l'argent mais à organiser des événements de qualité. Pour organiser
des choses de qualité, il faut de l'argent. Je ne parlerai pas du chiffre
d'affaires ni des bénéfices, mais plutôt du budget global d'un Dakar. C'est
plus ou moins 12 millions d'euros, sans compter la production télé".

Q: La sécurité est votre priorité mais chaque année il y a des morts. Il en
a été dénombré une cinquantaine en 30 ans, mais les chiffres varient selon les
sources. Connaissez-vous le nombre exact de victimes depuis la création du
rallye-raid?
R: "On ne tient pas de comptabilité des drames mais c'est une course
dangereuse. Dans toute aventure, il y a prise de risques. Le tracé est
difficile et technique. Il faut être bien préparé physiquement. Il y a des
accidents sur le Dakar comme il y en a sur le massif du Mont-Blanc où 40 à 50
personnes meurent chaque année. Nous avons développé beaucoup d'outils
assurant la sécurité des concurrents (Iritrack, Sentinel, colliers cervicaux
pour les motards, etc.) et nous organisons aussi pour eux des stages de
préparation avant l'épreuve. On est à mon avis la course la plus sécurisée au
monde dans la discipline".

Q: Et pour les spectateurs en Afrique?
R: "La sécurité des tiers est un sujet majeur. Nous avons un coordinateur
qui travaille avec les autorités locales en Afrique. Nous faisons des
campagnes de prévention dans les écoles et 2000 hommes sont mobilisés dans les
zones sensibles (orange, rouge ou noire) sur l'intégralité du parcours. Il
faut savoir que l'accidentologie dans la zone sub-saharienne est très élevée:
300.000 morts par an, selon un rapport de l'OMS (Organisation mondiale de la
santé). Nous en tenons compte".

Q: L'écologie est un autre sujet de polémique sur le Dakar. Avez-vous une
idée de l'importance des émissions de CO2 dégagées par la caravane?
R: "Maintenant on le sait. On a réalisé un bilan carbone. Le Dakar c'est
22.000 tonnes équivalent CO2, soit un Grand Prix de Formule 1. A titre
indicatif, la Coupe du monde rugby c'était 570.000 tonnes équivalent CO2 à
cause des nombreux spectateurs venus de très loin (Australie,
Nouvelle-Zélande)".

Q: Et l'impact sur les dunes, notamment à l'arrivée au Lac rose?
R: "Nous avons toutes les autorisations nécessaires. Je pense que le Lac
rose souffre moins du passage du Dakar que du tourisme sauvage le reste de
l'année".

Q: Vous développez ou encouragez des actions humanitaires sur le parcours,
n'est-ce pas un alibi pour vous donner bonne conscience?
R: "Ce n'est pas un alibi. On n'a pas attendu un Grenelle de
l'environnement pour se lancer dans le développement durable. Ca fait six ans
qu'on le fait avec SOS Sahel International qui touche 350.000 personnes dans
la région. Les gens qui connaissent l'Afrique ce sont ceux qui y vont. Ceux
qui font le Dakar approchent la réalité africaine. Ils ont une sensibilité et
une générosité spontanée. Il y eu Daniel Balavoine avec ses pompes à eau, dont
tout le monde parle encore. Il y a une fondation espagnole Dakar Solidario qui
apporte chaque année du matériel médical en Mauritanie d'une valeur de 600.000
à 800.000 euros".

Q: Que répondez-vous à vos détracteurs qui accusent les participants du
Dakar d'être des privilégiés qui prennent l'Afrique pour terrain de jeu?
R: "Ce n'est surtout pas un terrain de jeu mais un continent fabuleux où on
a l'opportunité d'organiser une compétition sportive. Et il n'y a pas beaucoup
de compétitions sportives en Afrique. Les Africains sont très fiers de nous
accueillir. Ils soutiennent le Dakar, sont souverains chez eux et je trouve
même insultant de juger à leur place ce qui est bien ou non pour eux".

Propos recueillis par Paul DEFOSSEUX

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